Bernard Werber - Parrain de la Fête de la science 2020

Bonjour, je suis Bernard Werber et je suis le parrain de la Fête de la science 2020. J'ai accepté d'être le parrain de la Fête de la science 2020 parce qu'il me semble très important de démocratiser la science. Qu'on ne se disent pas que c'est réservé à des gens en blouse blanche, mais qu'on comprenne qu'en fait le seul fait d'être curieux du monde qui nous entoure et déjà une activité scientifique. Il suffit de se tourner vers les étoiles, un soir où le ciel est dégagé, il suffit de se pencher au-dessus d'un microscope pour regarder l'infiniment petit, il suffit de se poser des questions sur l'origine de l'humanité et déjà, on a une activité scientifique. Et pour moi, ce qui est très important, c'est de montrer que la science est une source permanente de joie et l'émerveillement. 

Je crois que la crise du Covid-19, nous a fait prendre conscience que ce qui se passait sur la planète, nous concernait tous. Avant, les gens n'avaient pas les informations. Ils ne savaient pas d'où venaient les épidémies, ils ne savaient pas comment les soigner, ils ne savaient même pas ce qu'étaient des microbes et bactéries ou des virus. Maintenant on sait. Et le fait de savoir, ça nous rend responsables. Ce sont nos choix, les choix de notre génération qui vont définir ce qui va arriver dans le futur. Nous sommes peut-être la première génération qui à la possibilité de décider, tout ce qui va arriver après. Les autres générations subissaient le monde, nous, nous sommes en train de le diriger. Et c'est pour ça, qu'il est très important de prendre conscience de la chance qu'on a d'être sur une planète qui pour l'instant, est vivante, et avec un système biodiversité extraordinaire et de se débrouiller pour que cette planète reste intacte le plus longtemps possible.

Le rôle des livres, des romans, et tout particulièrement des romans de science-fiction est déterminant. C'est parce que Jules Verne, justement, a mis en scène, la découverte des fonds marins, la découverte des voyages dans l'espace, la découverte de toutes sortes de zones inconnues que les gens ont pu comprendre de quoi il s'agissait ici. Si on laisse la science être juste des termes en latin incompréhensibles ou si on laisse juste la science fonctionner dans un jargon fermé, on se coupe du grand public. Il est très important que les jeunes, et que le le public qui se croit non-concerné par la science s'aperçoit que la science, au contraire, elle est partout et elle concerne tout le monde.

Je crois que tous les moyens sont bons pour intéresser les jeunes, notamment, à la science et la bande dessinée est un outil privilégié. L'année dernière, c'est Marion Montaigne qui avait fait découvrir le travail de l'astronaute Pesquet et qui avait permis de vulgariser, exactement, toutes les informations qu'il ya autour d'un voyage dans l'espace. Cette année, je sais qu'il y a la "Planète Nature" qui est une bande dessinée qui permet de faire découvrir des notions un peu complexe à travers des dessins et des schémas. Et je crois que l'important, c'est de montrer que la science, c'est du plaisir, la science, c'est de la joie et la science, c'est cette chose que nous avons tous au fond de nous, qui est la curiosité.

J'ai appelé l'un de mes ouvrages, "L'encyclopédie du savoir relatif et absolu" parce que, parce que, quand j'étais journaliste scientifique, je me suis aperçu que ce qui était vrai à une époque n'était peut-être plus vrai à une autre époque. Ce qui est vrai à un endroit n'est pas forcément vrai à un autre endroit. Et beaucoup des choses qu'on croit certaines de nos jours s'avéreront peut-être à remettre en question dans les années à venir. La science est quelque chose de vivant. C'est pas quelque chose de bloqué, c'est pas gravé dans le marbre, et c'est cette notion là aussi que j'ai envie de partager. Et c'est pour ça que, n'étant pas scientifique, j'ai envie surtout de transmettre la curiosité, l'envie de se poser des questions, plutôt que l'envie d'apporter la réponse certaine à l'instant précis.

Si je devais faire un épisode de "Black mirror", je crois que j'aimerais explorer un scénario, que se passerait-il si tout s'arrangeait? Parce qu'on a tout le temps une vision de que se passerait-il si tout tournait mal. Et maintenant, imaginons que tout le monde devienne raisonnable, qu'on arrive à trouver une harmonie avec l'écosystème, qu'on arrive à trouver notre place, peut-être qu'on arrive à trouver un système d'auto-régulation dans lequel on renonce à la croissance à tout prix, pour trouver plutôt un équilibre avec tout ce qui nous entoure. Que serait ce monde? Que sera un monde où finalement, tout ce qui on annoncé des mauvaises nouvelles se sont trompés et où toute la planète a fini par faire les bons choix. Ça, ça m'a l'air un scénario intéressant à montrer.

Rendez-vous le 2 octobre pour la Fête de la science 2020! Et j'espère que vous aussi, vous découvrirez que la science est vraiment domaine passionnant, qui vous fait poser des questions nouvelles sur le monde qui vous entoure.

L’écrivain Bernard Werber a accepté d’être le parrain de cette 29e édition.

Dès l’âge de 16 ans, il écrit des nouvelles, des scénarios, des pièces de théâtre. Après des études de criminologie et de journalisme, il remporte le prix de la fondation News qui lui permet de financer son premier grand reportage. Sujet : les redoutables fourmis magnans de Côte-d'Ivoire qui forme une rivière de millions d’individus qui détruisent tout sur leur passage. A son retour, il devient journaliste scientifique au Nouvel Observateur où il reste 7 ans.

Son enquête sur les magnans va lui inspirer son premier roman, Les Fourmis, qui connaît, dès sa sortie en 1991, un succès immédiat en France et dans le monde, notamment en Corée et en Russie.

Bernard Werber propose un nouveau genre littéraire qu’il nomme « philosophie fiction », mêlant science, science-fiction, philosophie et spiritualité. À travers différents regards exotiques, extérieurs, celui des animaux, mais aussi des arbres, des divinités antiques ou de potentiels extraterrestres, il tente de comprendre la place de l’homme dans l’univers.

Il est l’auteur d'une trentaine de romans, nouvelles, pièces de théâtre... Ses livres sont traduits dans 37 langues.

 

Dans le regard de Bernard Werber

Pourquoi avez-vous accepté d’être le parrain de la FDS 2020 ?

Pour moi, la science ne doit pas rester dans les laboratoires et n’être qu’un domaine de spécialistes en blouse blanche qui parlent un jargon compliqué. Il faut montrer que la science concerne tout le monde, elle ne demande qu’une qualité : la curiosité. Observer un ciel étoilé, se promener en forêt ou regarder sa propre peau, c’est déjà de la science. En France, le clivage section scientifique/section littéraire a créé une frontière. Il faut maintenant lancer des passerelles. Il faut donner envie notamment aux jeunes de se passionner pour la découverte de nouvelles frontières du savoir. Jules Verne, qui n’était pas scientifique, a ouvert des vocations, il faut qu’il y ait en permanence de nouveaux visionnaires qui proposent les défis du futur qui inspire les générations à venir.

Comment voyez-vous la thématique 2020 « planète nature » ?

Après les crises générées par les tsunamis, la canicule, la fonte des pôles, le covid-19, plus personne ne peut ignorer que notre milieu est en train de réagir à notre activité. Je perçois notre planète comme un chien qui aurait des puces parasites sur sa fourrure et qui, de temps en temps, réagirait en se léchant, ou se grattant. Nous ne sommes que des animaux qui vivons en surface sur une sphère et il faut la préserver si nous voulons pouvoir y faire vivre nos enfants dans de bonnes conditions. Il y a une prise de conscience qui commence à naitre, mais elle se heurtera toujours aux enjeux économiques.

Au final la question est : « à quoi êtes-vous prêt à renoncer comme confort pour que nos descendants aient de l’air, de l’eau et une température supportable ? ». C’est une question d’égoïsme de génération. Il faut se poser aussi la question de l’équilibre de notre espèce avec le reste de la nature. Nous ne pouvons pas éternellement considérer les autres animaux comme des matières premières, Nous ne pouvons pas avoir une croissance économique et démographique illimitée. Il est temps de faire des choix pour préserver notre environnement. Et c’est notre génération qui est la première à pouvoir faire ces choix en conscience.

Que souhaitez-vous transmettre à travers la Fête de la science ?

L’envie de s’intéresser à tout. Et plus que cette envie... l’émerveillement devant la beauté, l’intelligence, la subtilité du monde et de tout ce qui nous entoure ou est en nous. Je crois que si l’on s’intéresse à fond à n’importe quel sujet (moi cela a été au début les fourmis, mais cela pourrait être les arbres, les étoiles, l’origine de l’humanité, ou le coeur des cellules) on découvre une sagesse et une harmonie qui nous dépasse.