Éditorial 2021 de la Ministre Frédérique Vidal

Portrait de Mme la ministre Frédérique Vidal
Crédits : © MESRI/XRPictures
À tous ceux qui viendront fêter la science cette année, je peux faire cette promesse : l’émotion sera au rendez-vous !

Il y a 30 ans, au printemps 1991, Hubert Curien ouvrait pour la première fois les jardins du ministère de la Recherche et de la Technologie au public. Par ce geste symbolique, il invitait la science et la société à se rapprocher et préfigurait le lancement, l’année suivante, d’une manifestation nationale
totalement inédite : la Fête de la Science.

En trois décennies, la Fête de la science s’est imposée comme le rendez-vous incontournable de tous les amoureux de la connaissance : les jeunes « de 7 à 77 ans », les mordus, les amateurs éclairés, les simples curieux, les professionnels et les bénévoles, se retrouvent chaque année, à l’automne, pour vibrer au contact de la science, partout en France, et au-delà.

 

Pour cette édition anniversaire, nous avons choisi de célébrer ces moments de passion et d’émerveillement en nous rassemblant autour de l’émotion de la découverte et de son expression emblématique: « Eurêka ! ».

Ce cri de joie, que la légende attribue à Archimède, n’est pas réservé au physicien qui met au jour une loi de la nature : c’est aussi celui de l’historien qui exhume une archive inédite ou celui du mathématicien qui transforme son intuition en équation.

L’émotion de la découverte, c’est aussi celle qui étreint le citoyen lorsqu’il est amené à comprendre les rouages cachés de la nature ou de la société, grâce à des explications lumineuses ou une expérience interactive.

L’émotion de la découverte, c’est donc, aussi, le précieux fruit du savoir-faire du médiateur, qui maîtrise l’art de dévoiler les beautés de la science.

L’émotion jette un pont entre les chercheurs et les citoyens : elle leur permet de se retrouver autour d’une science qui est loin d’être aussi désincarnée que l’on dit parfois. Car si l’objectivité est la règle d’or de la démarche scientifique, le travail de recherche, lui, est saturé d’affects : curiosité, espoir, désespoir, colère, découragement, fausses joies, excitation, exaltation, il n’y a pas un sentiment qui ne soit épargné au chercheur durant sa quête de connaissance.

 

Loin d’être une mécanique bien rodée, la recherche est donc une entreprise profondément humaine dans laquelle le chercheur met tout son cœur, en plus d’y engager toute sa raison : par- delà l’expertise qu’elle requiert, chacun peut s’y reconnaître. La science, ce n’est pas l’Autre. Elle est, comme le disait Hubert Curien, l’« affaire de tous ».

Et si nous en doutions encore, la pandémie en a fait l’éclatante démonstration : en quelques mois, la recherche, ses tâtonnements, ses progrès, sont devenus l’affaire de tous. Et l’espoir fut mondial lorsque les premiers vaccins ont été découverts. Si les relations entre la science et la société y ont gagné en proximité, elles n’y ont pas toujours gagné en clarté. Balançant entre curiosité et incompréhension, attentes et déception, confiance et défiance, nos concitoyens ont révélé un rapport à la science et à la raison ambivalent et vacillant.

Ces flottements fragilisent notre vie démocratique. L’effacement de la science au sein de notre culture commune signe le retour des passions tristes, de la peur, de la violence, de la division. Car nous avons besoin de partager son corpus de connaissances pour clarifier le monde, tout comme nous avons besoin de partager sa démarche pour « dé-battre ».

 

C’est la raison pour laquelle, conformément aux engagements pris dans le cadre de la loi de programmation de la recherche, j’ai lancé en avril une démarche destinée à renouveler profondément la relation entre science et société en l’inscrivant sous le signe de la proximité, de l’engagement et de l’ambition. Plus de proximité, c’est une relation cultivée au plus près des citoyens, au coeur des territoires, au travers d’initiatives partenariales adossées à des sites universitaires et organisées en réseau. Plus d’engagement, c’est plus de reconnaissance pour celles et ceux qui font vivre cette relation : les chercheurs, les associations, les acteurs culturels, mais aussi les citoyens, notamment dans le cadre des sciences participatives. Plus d’ambition, c’est une animation nationale orientée vers la prospective, l’évaluation et l’innovation.

 

Cette 30e édition de la Fête de la science s’inscrit dans cette nouvelle démarche, ouverte et collaborative. Les moyens inédits dont elle bénéficie, et plus encore, l’inépuisable créativité des chercheurs, enseignants, médiateurs, acteurs associatifs, ont permis tout à la fois d’étoffer l’offre numérique développée à la faveur de la crise, de valoriser les premières initiatives du réseau territorial et de proposer davantage de projets de sciences participatives.

Si la Fête de la science reste fidèle aux valeurs qui ont présidé à sa création, à l’aube de ses 30 ans, elle regarde résolument vers l’avenir et s’y découvre plus fédératrice, plus créative, plus interactive que jamais. Alors, à tous ceux qui viendront fêter la science cette année, je peux faire cette promesse : l’émotion sera au rendez-vous ! Car fêter la science, qu’est-ce sinon fêter l’humain dans ce qu’il a de plus rêveur, de plus optimiste, de plus enthousiaste ?

Frédérique VIDAL
Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation